Barack Obama “L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions.”

L’invité: Gaston Kelman « L’identité nationale française a changé »

Par jean.celestin.edjangue | Lundi 2 novembre 2009 | Le Messager

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Dites-nous, Gaston Kelman, c’est quoi le rôle d’un conseiller auprès du ministre de l’Immigration, l’intégration, l’identité nationale et du développement solidaire?

Un conseiller aide le ministre à bâtir un raisonnement sur un sujet donné. Dans un ministère comme celui de l’Immigration, l’intégration, l’identité nationale et du développement solidaire, il y a plusieurs conseillers. Il y a le conseiller aux budgets, le conseiller à l’Immigration, le conseiller à l’intégration, le conseiller diplomatique, le conseiller auprès de l’Assemblée nationale, le conseiller juridique, le conseiller à l’identité nationale. Toutes ces personnes sont supposées être des spécialistes à leur poste. Pour ma part, je suis conseiller à l’identité nationale et ça tombe bien, puisque c’est le grand débat qui a lieu actuellement en France. Je dois proposer au ministre Eric Besson une réflexion sur ce que c’est qu’une identité nationale en France aujourd’hui.

A ce propos, la France a expulsé il y a quelques semaines, trois ressortissants afghans. Ce qui a suscité une vive émotion, compte tenu de la situation instable que connaît l’Afghanistan sur le plan politique. Est-ce parce que l’identité nationale est menacée en France?

Pas du tout. Mais l’identité nationale a évolué. Le Français n’est plus un blanc d’Auvergne sur cinquante générations. Le Français est quelqu’un qui a la peau noire, jaune, blanche et que sais-je encore…C’est quelqu’un qui est né en France ou à l’étranger, qui va apporter une certaine diversité visible à ce pays, mais aussi à qui on doit expliquer que la France, comme toutes les autres nations, a besoin d’un socle unitaire. C’est-à-dire, la personne qui vient d’ailleurs, on la voit différente, mais il faudrait que dans le fond elle se retrouve chez elle, parce qu’on lui a donné tout ce qu’il fallait et parce qu’elle a apporté la bonne volonté dont a besoin la société pour l’intégrer et les moyens dont on a besoin pour enrichir ce pays. Voilà comment j’essaie d’expliquer au ministre ma conception de l’identité nationale. Mais, évidemment, il en fait ce qu’il veut. Maintenant, la France a  certes expulsé trois Afghans alors que l’Afghanistan est en guerre. Savez-vous seulement combien les Allemands, les Suédois, les Anglais en ont expulsé?

Ce n’est pas une raison…

(Agacé) Il faut replacer tout cela dans un contexte. L’Europe doit aller vers une politique migratoire commune. On peut déplorer que les gens soient obligés de courir vers d’autres pays, mais je regarde d’abord leur pays d’origine. Il ne faut pas prendre en compte un seul versant de la problématique. L’Europe met en place une politique commune de l’immigration. Que les autres continents en fassent de même. Et ce n’est pas parce que trois Afghans ont été expulsés de France qu’on doit conclure hâtivement que l’identité nationale est menacée. Une identité doit toujours rester ouverte. Rien ne peut la menacer.

Comment l’écrivain plutôt critique sur le fonctionnement de la société française a-t-il pu du jour au lendemain accepter de se retrouver conseiller d’un ministre dont le porte feuille est probablement l’un des plus exposés du moins sur le plan émotionnel?

Je crois justement que mon parcours est peut-être l’illustration de la reconnaissance d’un travail. Depuis plusieurs années, je travaille sur les thèmes de l’identité nationale, de la culture et des appartenances. Je n’en ai pas dévié. La couleur de la peau est-elle le signe d’une appartenance citoyenne? D’une appartenance ethnique? Ma réponse a toujours été non. Il y a des Chinois au Cameroun qui dans quelques années seront aussi Camerounais que les gars qui sont nés à Yaoundé, à Douala, à Bafoussam ou à Mbanga. Aujourd’hui, même mes plus farouches détracteurs commencent à reconnaître que j’ai soulevé un débat. Ma démarche est celle de quelqu’un qui est sorti d’une espèce d’unilatéralité intellectuelle, qui a proposé des solutions en mettant chacun devant ses responsabilités. C’est sans doute ce qui est reconnu maintenant. J’ai été tout simplement appelé par le Cabinet du président de la République, qui m’a demandé si je voulais participer à son aventure. Et après avoir animé des débats à la radio, à la télévision, dans les journaux écrits, j’ai pensé que ma finalité était de devenir quelqu’un qui a l’oreille de la décision. Je suis donc face à un ministre et un gouvernement qui ont reconnu cela. Je considère cela comme un très grand honneur.

Vous avez été surpris?

Non, pas vraiment. La plupart des dignitaires de ce pays ont lu tous mes livres. Quand j’ai rencontré le ministre Eric Besson pour la première fois, il m’a lancé comme une boutade: « Vous savez M. Kelman, je vous retrouvais dans mon lit tous les soirs. » Une façon de me dire que son épouse lisait chaque soir du Gaston Kelman avant de s’en dormir. Et lui-même, Eric Besson, me dit toujours qu’il voudrait que je lui fasse des propositions comme dans tel ou tel autre de mes livres. Je peux donc dire que je suis entré au ministère par la réflexion alors que, généralement, les conseillers sont formés dans les grandes écoles. C’est peut-être ce qui m’a surpris.

Qu’avez-vous découvert dans vos nouvelles fonctions depuis votre nomination en juillet dernier?

(Hésitation) J’apprends vraiment le fonctionnement de l’Etat, le travail qui doit être effectué au jour le jour. Mais c’est très valorisant et très passionnant. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça tient parfois à peu de choses. Une décision doit tomber immédiatement parce qu’il y a eu tel élément, il faut être en mouvement permanent. J’apprends aussi de la modestie. Car vous pouvez proposer mille choses au ministre et il n’en retient aucune. Heureusement, je dois l’avouer, je suis tombé sur un ministre qui a l’esprit très vif. A tel point que je l’appelle parfois en cachette le « snake ». C’est un  vrai serpent.

Revenons sur le vaste débat sur l’identité nationale voulu par Eric Besson. L’opposition socialiste dénonce un serpent de mer que la droite ressort à l’approche de chaque élection pour aller à la pêche des voix de l’extrême droite. Qu’en dites-vous?

C’est très simple. La France c’est le pays des fromages, des élections et des communes. Il y a 36 mille communes dans ce pays. Il y a aussi régulièrement des élections. Alors si vous voulez agir en tenant compte d’une élection qui se profile à l’horizon, comme semblent le penser certains, vous ne ferez rien. L’opposition est dans son rôle. Ce que je peux dire, parce que je connais bien le dossier, c’est qu’en ce mois de novembre il y a un livre qui sort sur la question de l’identité nationale en France. Il est l’œuvre de l’Institut Montaigne, un groupe totalement apolitique. Avec la participation de 19 intellectuels dont moi-même. On m’a demandé de collaborer à cet ouvrage il y a bientôt un an. Et si déjà l’Institut Montaigne se posait la question de l’identité française à l’époque, ça veut dire qu’il y a matière à débat. Il faut bien expliquer aux uns et autres que la France a changé. Est Français aujourd’hui celui qui adhère à un contrat.

Vous-même, Gaston Kelman, que vous reste-t-il de vos racines profondément camerounaises, vous qui n’aimez pas le manioc?

Ce qui me reste de mes fondéments camerounais, c’est la langue française, la religion catholique, tout ce que j’ai acquis au Cameroun. Il faudrait lire « Le Fils d’Agatha Moudio » pour comprendre que toute culture est un métissage. Mes racines camerounaises c’est le patrimoine que m’ont légué mes parents, c’est aussi mon quartier New-Bell où je suis né. Ce n’est certainement pas l’animisme ou le fétichisme, que je n’ai pas connu. L’homme est le produit de son environnement. La culture est un acquis et non un inné.

L’Amérique a élu un président noir à la Maison-Blanche. Considérez-vous, sur ce plan, qu’elle a damé le pion à la France?

Il y a dans ce domaine, une dimension hyper symbolique que les Etats-Unis savent très bien mettre en valeur. 40 ans après la mort de Martin Luther King, ils ont élu Barack Obama à la Maison-Blanche. Mais je n’oublierai pas non plus Rosa Park qui a été à l’origine de tout ce qui s’est passé à l’Alabama, à l’époque. Certes l’Amérique a franchi un cap de la post racialité. Tout cela s’est fait par strates. En France aujourd’hui, Rachida Dati est entrée au Musée Grevin, Rama Yade est là, Fadela Amara aussi. Sans parler des commissaires de gouvernement qui sont issus de la diversité. Ce qui est important, c’est l’émergence de la  classe moyenne. C’est elle qui fait l’intégration et non un symbole. La France reste, à mes yeux, l’un des pays les plus ouverts dans l’intégration des immigrés. Obama n’en demeure pas moins le symbole de la fierté universelle.

Le rôle d’un intellectuel ou d’un écrivain est-il de participer à un gouvernement? Cela ne risque-t-il pas de limiter son action?

Bien sûr ça la limite. Mais pour moi, ça sera une expérience brève. Je voulais la vivre. Maintenant, je sais de quoi ça retourne. Je ne suis pas du corps des cabinets.

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1 Réaction

  1. pipondab dit :

    Tu as eu ta part, réjouis-toi et te souhaite bonne chance!

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