Les boulangers camerounais veulent « décoloniser » le pain

Par lemessager | Jeudi 11 mars 2010 | Le Messager

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Le constat est clair. Le pain fait à base de farine de blé ne répond plus aux attentes des consommateurs camerounais. Il est certes relativement moins cher, parce que les ménages ont crié haut et fort, pour réclamer la baisse de son prix. Et ils l’ont obtenu voici bientôt 2 ans. Depuis lors, la baguette se vend à 125 FCfa contre 150 FCfa auparavant. Mais les boulangers qui semblent avoir accepté, malgré eux, de consentir cette baisse à l’issue de plusieurs concertations avec le gouvernement, en réponse aux émeutes dites de la faim de février 2008, ont multiplié les astuces pour garder leurs marges bénéficiaires. La taille du pain a ainsi diminué considérablement, et sa mie a presque disparu. Ceci, au mépris de la norme et même des accords avec le gouvernement. Invoquant le coût exorbitant des matières premières, et principalement du blé qui rentrent dans la fabrication du pain, les boulangers, interpellés par les consommateurs n’ont pas daigné améliorer la consistance du pain. Même les mises en garde du gouvernement n’y ont rien fait. Parce que, soutiennent-ils, les cours du blé à l’international ne font que grimper. Adhérant à une initiative du ministère du Commerce, qui les invite à introduire les matières premières locales dans la fabrication du pain, ils ont répondu à l’appel hier.

Et à l’issue des discussions, ils se disent prêts à faire le pain autrement. « On peut y aller dès demain (11 mars 2010, Ndlr) si les conditions sont réunies. Mais pour une production à l’échelle industrielle, il faut que nous ayons de la matière première locale en abondance. Ce qui n’est pas encore le cas. », observe Jean Claude Yiepmou Kapwa, le président national du syndicat patronal des boulangers du Cameroun. Ces denrées sont la patate douce, le manioc, le maïs, le sorgho, le plantain, les ignames etc. Leur farine, apprend-on, peut remplacer, dans une certaine proportion, celle du blé. Des études menées par ce syndicat révèlent par exemple que la patate douce peut, dans la fabrication du pain, remplacer le blé à 80%, le manioc à 10%, le maïs entre 5 et 10%. Yiepmou Kapwa affirme que le pain « français », c’est-à-dire à base de blé, n’est prisé que pour sa croûte dorée et sa mie blanche. Mais en matière de goût, il n’égale pas le pain « Koumba », fait à base de la patate douce. En plus, le processus de fabrication de ce pain local est moins compliqué, souligne-t-il. Seulement, l’insuffisance quantitative de la matière première confine sa fabrication et sa consommation dans 3 régions sur les 10 que compte le pays. Le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et le Littoral sont les zones où ce pain est entré dans les habitudes de consommation. Il est question d’étendre cette consommation au reste du pays, par une fabrication massive, impliquant tous les boulangers du Cameroun. Mais face au frein constitué par l’insuffisance des matières premières, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana reconnaît qu’il sera difficile, dans un premier temps, de substituer le pain classique. Il suggère donc un remplacement progressif.

Premières expérimentations

Une équipe mixte constituée de boulangers, de représentants des administrations concernées, des meuniers, des associations de consommateurs sera mise en place dans un délai d’une semaine pour réfléchir à la meilleure manière de conduire ce projet. Et, d’ici la fin du mois d’avril 2010, le ministre du Commerce entend lancer les premières journées d’expérimentation, afin de déterminer les risques commerciaux et procéder à des réajustements si cela s’avère nécessaire. En attendant, Yiepmou Kapwa soutient que l’initiative peut porter des fruits si le ministère de l’Agriculture et du développement rural intervient en amont pour booster la production des matières premières locales. « Là, on fera du pain local et il sera vendu moins cher », lance-t-il, ajoutant même qu’en partenariat avec l’association de défense des intérêts collectifs, (ACDIC), de Bernard Njonga, son mouvement envisage déjà une journée de dégustation du pain fait en partie de produits locaux. Ce sera d’ici juin 2010. Pour le ministre du Commerce, il s’agit, pour les Camerounais, d’un rendez-vous avec leur destin. Et pour cause, dit-il, les effets des importations en générale et celles du blé en particulier, sur la balance commerciale du Cameroun sont désastreux.

Une balance commerciale déficitaire d’année en année selon Amougou Auguste, Chef de la cellule des études et de la balance commerciale au ministère du Commerce. Il observe qu’en 2008, le Cameroun a importé 26 600 tonnes de farine de froment et en 2009, la quantité importée de ce produit a bondi à 42 700 tonnes. Or, cette farine de luxe a servi à autre chose car il n’entre pas dans la composition du pain. C’est le blé dur ou tendre qui sert à la fabrication du pain. En 2009, 398 000 tonnes de blé dur et 500 000 tonnes de blé tendre ont été importées, pour une perte de devises d’environ 100 milliards de FCfa. C’est énorme, constate le Mincommerce qui invite les opérateurs de la filière pain à tout mettre en œuvre pour réduire ce gouffre, en s’associant à son initiative pour exploiter les matières premières locales dans le processus de fabrication de ce pain dont les Camerounais n’arrivent plus à se séparer. Une habitude alimentaire copiée chez les occidentaux, notamment la France, pays colonisateur. Le ministre du Commerce affirme que la volonté politique est là. Il suffit aux opérateurs de s’y mettre et ils seront accompagnés.

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12 Réactions

  1. jdanilo dit :

    bravo ce pain existe depuis si ce parti gouvernement avait une vision économique pour notre pays on économiserait 100 milliard et dépenseront au moins la moitié pour des subventions aux agriculteurs qui sont dans ce secteur et ceux qui se lanceront,sans toute fois nuire au prix de la patate douce et le reste .

  2. TOULOU JACOB dit :

    Il faut dire BRAVO à Bernard Njonga pour son combat. Jusqu’à quand va t-on dire à ce gouvernement de totos qu’il faut subventionner convenablement et contrôler l’agriculture pour faire face à ce genre de problème. Ce pays est trop grand et il ya des terres cultivables partout. Le blé peut être très bien cultiver ici.

  3. el diaro dit :

    En tant que technicien du monde rural, je ne peux que saluer une telle initiative longtemps enseigner sur les bancs mais jamis appliquée. Il reste à l’état camerounais de saisir le balle au bond et ameliorer son image auprès du monde rural. Quelle aubaine pour le secteur agricole et de la recherche. Les économistes pourront meiux chiffrer les retombées. 10% seulement de la farine de patate douce dans du pain boostera toute l’economie rurale, resorbera le chomage, l’exode rural, dimunuera le banditisme et rendra fier le metier d’agriculteur et le chercheur. Quel sacré coup si celà se réalise!!!
    Dans nombre de pays africains, celà se fait dejà en passant, ils ne se portent pas mal…

  4. Ongola dit :

    J’apprécie l’action de Djonga mais, qu’il sache faire la différence entre l’activisme et la défense de certains intérêts. Prenons le cas tout simple du pain. Combien de Camerounais se rendent dans les boulangeries au quotidiens ? Essayez de psychanalyser un Camerounais qui rentre et sort d’une boulangerie. Comment pouvons nous penser qu’un bon petit déjeuner ne peut être pris qu’avec un morceau de pain, de croissant, brioche, etc. ? Nos grands parents qui atteignaient facilement 100 ans ils consommaient du pain le matin ?On n’a l’impression que c’est le gouvernement qui doit toutf aire. Qui doit s’approprier le slogan « Consommons camerounais ». Combien de Camerounais peuvent refuser d’aller passer leurs vacances en occident comme Ongola, plutôt que les passer dans les belles prairies par exemples du Nord Ouest Cameroun ou dans la chaine montagneuse des Monts Mandara à l’Extrême Nord du Cameroun ? Ceux qui défendent le monde rural, de quoi se nourrit aujourd’hui les populations rurales ? Tout le monde veut consommer ce qui vient de la ville et qu’est-ce qui vient de la ville en grande partie c’est du made in Occident. Essayez de faire une étude en demandant aux Camerounais de consommer entre du Kumba Bred en public et un croissant , sandwich au jambon ou un croque Monsieur au 100 pour 100 froment, la majorité portera son choix sur le second. Que Djonga commence par lutter contre certains complexes et le reste viendra de lui même. Le gouvernement ne peut pas tout faire dans un pays. Le comportement d’un peuple peut aussi influencer le choix des gouvernants.

  5. Ongola dit :

    Un jour j’ai décidé deconsommer mon bâton de manioc avec des graines d’arachide en public le long d’une rue à Yaoundé, je fus la risée de tout le monde. voila le fond du problème. Ce sont les membres du gouvernement qui se moquaient de moi ? Non des simples citoyens comme moi. Ne soyez pas surpris que cex qui produiront même ces patates soient les premiers à refuser de consommer du pain fait avec 80% de patate. C’est cela la triste réalité. Tout le monde sera toujours prêt à courir à la boulangerie payer du pain confectionné avec 80% de blé. Il s’agit d’un problème mental qui nous interpelle tous et non seulement les membres du gouvernement. Beaucoup d’entre eux consomment même plus local que vous ne pouvez vous imaginer.

  6. OBAM BOULOU dit :

    Je n’aime pas le koumba bread. Le pain à base de farine de maïs est très dur. J’en ai gouté aux Usa. J’espère que celui produit avec la farine de manioc ou de plantain sera meilleur.

  7. le recordman dit :

    Ne me faites pas rire, vous voulez faire du pain à base de farine de plantain, manioc , patate douce ou que sais je encore ! je suis dans la boulangerie depuis trente ans , dans les années 80, j’ai justement essayé de faire du pain avec un mélange de 5% à peine de farine de manioc , savez vous ce que mes clients m’ont dit? Mais votre pain sent le manioc !! Nous n’en voulons pas!
    Mais revenons à nos moutons, où est passée la Sodéblé de wassandé dans l’Adamaoua ? Société qui développait la culture du blé ( fameux) et qui aurait dû parvenir à approvisionner au moins la moitié du blé importé au Cameroun, je ne le vous fait pas dire , disparue après avoir englouti des milliards , détournés bien sur , allez faire un pélerinage sur place , vous trouverez des carcasses de toutes sortes d’engins lourds agricoles , d’avions pour l’épandage des produits , des bâtiments en ruines, et que devient la Sodécoton? la rizerie de yagoua qui avait l’un des meilleurs riz au monde qu’on exportait en riz de luxe, la production d’arachides qui remplissait des camions et wagons entiers , le cacao et le café qui faisaient la fierté de ce pays? Zéro point marqué!
    Alors , quand je lis qu’on va développer la culture de tel ou tel autre produit pour le pain , je ris , et je me dis que ça se fera peut être en l’an 2 300, d’ici là , les importateurs de farine peuvent dormir sur leur deux oreilles et quoique l’on fasse , de toutes les façons, le pain de blé restera toujours moins cher à la consommation des ménages et certainement plus nutritif que les Kumba ou autres pains qui valent le détour dans les lieux où ils sont produits , de l’hygiène , en passant par les ingrédients , et autre dérivés y inclus, faites donc analyser ces trucs dans un laboratoire digne de ce nom , vous verrez les « bonnes choses » qu’on y trouvera!
    Et pour le mot de la fin , tant qu’à faire, pourquoi ne pas manger plantain , manioc , sorgho , riz ou autres dans leur plus simple expression tels qu’on les trouve au marché? Parce qu’ils sont plus chers comparativement à une bonne baguette accompagnée de tout ce que vous aimez manger avec, banane, beurre, sardines , sauces, confiture, pastèque , mayonnaise , oeufs , viandes, poissons et j’en passe!
    Quand aux consommateurs , arrêtez de vous faire arnaquer dans les quartiers par des boulangeries clandestines , qui pétrissent la pâte avec les pieds , qui cuisent avec flammes directes sur la pâte (Cancérigène) qui vous vendent un pain insipide, sans saveur, très indigeste , et impropre à la consommation et surtout dangereux, quand vous allez acheter un sac de ciment , vous allez à cimencam ou chez un de ses distributeurs , alors pour votre santé et votre potefeuille , allez acheter votre pain dans une boulangerie ayant pignon sur rue !

  8. le recordman dit :

    Encore une fois , je vais rire, on fait des émeutes pour le prix du pain , vous entendez gémir des gens à longueur de journée parcequ’ils n’ont pas assez d’argent pour acheter du pain à la famille , et pendant qu’ils vous disent cela , ils sont avachis sur une chaise , devant une table au bar, et une bonne demie douzaine de bouteilles de bière déjà vidées , en attendant les autres à venir!!!!!! A croire que la biére , c’est gratos!!!! Au Cameroun, surtout ne touche pas à ma bière , même si le prix augmente !!!!!

  9. Soccer 123 dit :

    D’accord avec les interventions de ONGOLA. Notre sous développement est d’abord mental. Par contre, si certains membres du gouvernement consomment du local comme il dit, la pédagogie voudrait que cela se montre, à moins qu’eux-mêmes n’aient honte de consommer camerounais en public.
    Beaucoup de personnes étrangères qui visitent le Cameroun dans son ensemble s’étonnent que ce pays ne décolle pas. Nous avons tout au Cameroun pour nous développer. Cependant, nous n’avons pas compris qu’il doit commencer par le regard que nous portons sur nos réalités intrinsèques, notre propre environnement et nous-mêmes. Il y a un certain orgueil camerounais qui est très contre-productif : le fait de croire que nous sommes les meilleurs. Je ne sais d’où nous vient ce complexe, mais il ravage l’homme camerounais.

  10. Je suis surpris que les camerounais se rendent seulement compte aujourd’hui que certaines tubercules peuvent substituer la farine de blé alors que la majorité de nos pays voisins les utilisent depuis des lustres. Et nos diplomates à quoi servent-ils s’ils ne peuvent pas copier ce qui bon et moins couteux dans leur pays d’affectation pour le conseiller au Cameroun.

  11. S.A. BLAISE dit :

    dans des pays comme l’ouganda, Rwanda, il y’a la bierre à base du plantain, des farines de plantains servant à different
    De grace , decolonisont notre alimentation ,du courage Njonga, bravo M. le ministre

  12. Ongola dit :

    Les pays voisins n’ont pas eu besoin de focaliser leur regard sur le comportement des dirigeants. Le Camerounais est très orgueilleux et imbu de lui même. Le nationalisme a foutu le camp dans notre pays. Un Camerounais qui croupissait dans la misère le jour où il se fait une place sous le soleil, il ne va plus au marché, il prend la direction des super marchés. Il ne consomme plus les achomos de la vendeuse du sous kwat, il prend la direction des grandes boulangeries. Dans les super marchés les rayons made in Cameroon sont presque vides tout le monde se rue vers le made in occident. Djonga ne fait que reprendre le consommons camerounais sous un autre angle. Mais il faut que le Camerounais apprenne à apprécier ce qui est sien. Dans d’autres pays même quand un national met sur le marché un mauvais produit on se contente de se mauvais produit en espérant qu’il finira par être bon. Au Cameroun on veut le bon dans l’immédiat, sans aucun effort. Pourquoi le Gabon d’abord, la Guinée Equato d’abord et pas le Cameroun d’abord ? A peine un Camerounais commence quelque chose ce sont les Camerounais qui sont ses premiers ennemis. Voilà le mal de notre pays. Combien savent la richesse nutritionnelle à consommer la banane douce accompagnée de l’avocat ?

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