La semaine de Jacques Doo Bell: Pourquoi Mboua Massok fait-il donc si peur ?

Par jacques.doo.bell | Vendredi 5 mars 2010 | Le Messager

Partagez:
  • Imprimer cet article
  • Envoyer a un ami
  • Flux RSS
  • Poster sur Facebook
  • Poster sur Twitter
  • Poster sur Digg
  • Favori Del.icio.us
  • Favoris Google
  • Buzzer sur Yahoo!
  • Poster sur LinkedIn

Les villes mortes de 91-92 une initiative de Mboua-Massok ma Batalong ont fait de lui un épouvantail pour les forces de l’ordre et certains apparatchiks du régime Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC). L’homme devait boucler à Douala le 25 février 2010 la première phase de son « Pas-décisif » en vue de la présidentielle de 2011. Il revenait de l’Ouest où il a eu droit à un accueil triomphal. A l’entrée de Douala, il a été cueilli par la maréchaussée qui l’a déporté manu militari à Yingui, dans le département du Nkam. Les pandores qui l’ont ainsi « enlevé » entendaient lui donner l’occasion de « continuer sa marche » parce qu’il aime marcher, lui ont-ils dit.

Informés du rapt de leur leader, ses compagnons ont dû prendre un taxi en course pour aller le chercher et le ramener au siège de son état-major, « le Pavillon du devoir national ». Le « commandant » Mboua Massok ma Batalong n’est pas au premier rapt du genre. Rappelons qu’au plus fort des villes mortes, il avait été kidnappé et gardé au secret pendant quelques jours. Remis en liberté, il a dû séjourner à la Polyclinique Soppo Priso. De mémoire de journaliste, cet activiste pourtant pacifique a été enlevé, il y a plus d’un an avec l ‘autre « combattante », Aïcha Ngo Eheg pour être abandonné toujours du côté du Nkam.

Pourquoi Mboua Massok peut-il empêcher les responsables des forces de l’ordre de dormir chaque fois qu’il bouge dans un sens qui est peu ou prou celui de tout le monde ? Même s’il se fait appeler « combattant » ou « commandant », on ne lui connaît pas de troupe, en dehors de quelques fidèles qui ne rempliraient pas un gymnase pour volley-ball, Hand-ball ou basket-ball.

C’est d’ailleurs parce qu’il fait courir dans tous les sens policiers et gendarmes qu’il se fait des galons auprès des badauds à l’instar de ceux qui se sont ralliés à sa cause le 25 février dernier à Bekoko, lui promettant déjà leurs voix à la prochaine élection présidentielle. Il faudra encore que Election’s Cameroon accepte sa candidature le moment venu. Qu’on laisse donc Monsieur Mboua Massok se mouvoir à sa guise sur le terrain de la démocratie dans un Etat de droit. En empêchant tout simplement que des esprits malveillants n’aillent transformer ses marches pacifiques en émeutes. C’est ce qui se passe dans toutes les vraies les démocraties.

Ça fait bien de claironner que le Cameroun est un Etat de droit, où la démocratie s’exerce à tout vent avec plus de trois cents partis politiques, plus de 500 publications et tutti quanti. Alors que ces mêmes partis politiques ne peuvent pas tenir la moindre réunion sans l’autorisation d’un sous-préfet. Parfois, c’est le gouverneur de la région qui intervient pour interdire une manifestation pourtant autorisée par un sous-préfet.

Mboua Massok fait partie de ces rebelles moraux qui ont jalonné l’histoire de l’humanité et parmi lesquels on peut citer Diogène le cynique. Celui-là vécut entre 410 et 329 avant Jésus-Christ. A cette époque-là , il osa dire à son roi « Ote-toi de mon soleil ». Au VIIe siècle Saint-Eloi remonta les bretelles au roi Dagobert en lui disant « Votre Majesté est mal culottée ». Et pour cause : l’histoire dit que le roi avait mis sa culotte à l’envers. Plus près de nous, dans les années 60, lorsque les thuriféraires de Charles de Gaulle, président de la République française le poussent à faire arrêter Jean-Paul Sartre, il rétorque ; « on n’emprisonne pas Voltaire ». Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, c’est encore le chef de la « France libre », bien qu’auréolé de la victoire des alliés, qui épargne le peloton d’exécution à Philippe Pétain, « collabo » de l’Allemagne nazie avec laquelle il signa l’armistice. De Gaulle était catégorique : « on ne fusille pas un maréchal ».

Au Cameroun, sous le Renouveau, des religieux et religieuses sont assassinés. Les enquêtes restent muettes. C’est le cas de l’abbé Mbassi, du père Mveng, de Mgr Yves Plumey. L’abbé Jean-Marc Ela est mort en exil parce qu’il a dû fuir le pays, se sentant menacé lui aussi, etc. L’écrivain Mongo Beti a été interdit de conférence. On lui a refusé l’investiture pour une élection. On l’a battu parce qu’il s’est élevé contre les interruptions abusives et intempestives de la circulation à Yaoundé pour cause de passage de Paul Biya.

On ne peut pas s’adosser sur une prétendue démocratie quand les autorités administratives font du Rdpc vainqueur des élections, et fouler aux pieds de fort grossière manière les principes de la démocratie quand les contestataires du régime veulent s’exprimer. Ce n’est pas seulement injuste, c’est fausser le jeu démocratique.

Partagez:
  • Imprimer cet article
  • Envoyer a un ami
  • Flux RSS
  • Poster sur Facebook
  • Poster sur Twitter
  • Poster sur Digg
  • Favori Del.icio.us
  • Favoris Google
  • Buzzer sur Yahoo!
  • Poster sur LinkedIn

Votre Réaction