Grandeurs et misères de l’opération « marchés propres » à Yaoundé

Par christian.tchapmi | Mardi 10 novembre 2009 | Le Messager

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1 – Les « mercredis noirs » du marché Mokolo

Des barricades sont posées au lieu dit « Mokolo sapeurs » ce mercredi 4 novembre 2009. Les automobilistes qui se rendent au marché sont sommés de rebrousser chemin. « Allez contourner de l’autre côté», leur indique des agents de la police postés à l’entrée. Des  vendeurs à la sauvette jouent au « petits goals » sur les trottoirs qu’ils ont transformé en stade de football. Visiblement captivante, la partie ne manque pas de spectateurs. Encouragés par les youyous de ces derniers, les douze protagonistes multiplient des dribles et des belles actions. A une dizaine de mètres plus loin, un groupe de jeunes garçons a organisé une partie de poker. Là encore, les adeptes des jeux de hasard sont au rendez-vous. Entre bière et cigarettes, la partie gagne en intensité. Adossées sur les barres métalliques qui jonchent la clôture du marché, quelques femmes observent impassibles la scène. « Ce sont des bayam-sellam qui viennent tacler », apprend t-on ici.

A l’intérieur du marché, l’ambiance n’est pas la même. Dans les couloirs, pas l’ombre d’un chat. Les boutiques et les comptoirs sont fermés. Un calme de nécropole s’est soudain  emparé de ce marché très fréquenté. En lieu et place des commerçants, c’est plutôt des agents de la société d’Hygiène et de salubrité du Cameroun (Hysacam) vêtus de leurs traditionnelles chasubles de couleur orange qui ont investi les lieux. Munis de balais, de pelles, de râteaux et de brouettes, ils procèdent au nettoyage du marché, sous l’œil attentif des agents de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy). Un peu plus loin, quelques agents de la police, des bidasses embusqués dans un camion anti-émeutes, ont entouré le représentant du préfet du Mfoundi et Gilbert Tsimi Evouna. Les deux personnalités sont venues s’assurer que l’opération ironiquement appelée « Mercredi férié à Mokolo », est sur la bonne voie. En effet, « aujourd’hui est jour de propreté générale. En plus du balayage que nous faisons ici toutes les nuits, nous assurons le débrayage de toutes les voies publiques qui conduisent au marché. Soixante de nos agents sont répartis en zones dans tout le marché », explique Aldin E, un responsable du service d’exploitation de Hysacam. L’assainissement va de l’école publique de Messa jusqu’à la brigade de Madagascar. Puis, de la pharmacie Elobi jusqu’à l’ancienne gare routière de Douala en passant par les marchés du charbon, de l’oignon et des arachides. L’opération conjointement menée par Hysacam, la Cuy et la mairie de Yaoundé 2ème commence à 5h 45 et s’achève à 16h.

2 – Mfoundi au régime du « dimanche propre »

Au marché du Mfoundi, les trottoirs respirent, la route a l’air plus spacieuse les dimanches que pendant les jours ordinaires. Les taxis qui font le trajet centre ville – Camair circulent sans encombrement. La propreté générale dudit marché est assurée par la société Hysacam, soutenue quelques rares fois par des commerçants soucieux de l’insalubrité dans leur environnement. Ici, l’opération est sensiblement la même qu’au marché Mokolo. A la seule différence que les agents de la Cuy n’ont pas besoin de gros bras pour veiller au grain. Ici, « tout se passe plutôt bien. Nous rendons le marché propre pour que les commerçants puissent se sentir à l’aise et débuter la semaine dans un environnement sain. D’ailleurs, ces derniers ont bien accueilli la nouvelle et n’hésitent pas quand ils le peuvent à se joindre à nous parce qu’ils reconnaissent que ce que nous faisons est dans leur intérêt », affirme un responsable du service d’assainissement.

L’essentiel des travaux repose sur le curage des caniveaux, le balayage des couloirs et l’assèchement des bacs à ordures. Malgré les intempéries qui s’invitent souvent aux travaux, les agents travaillent pendant environ sept heures sans relâche. Ces derniers soutiennent même que le travail est généralement moins pénible car certains commerçants consciencieux respectent les règles d’hygiène qui leur sont prescrites. Certes, le marché est aussi très fréquenté mais il y a encore des détaillants, notamment les bayam-sellam qui prennent la peine de verser les rebuts de marchandises dans les bacs posés pour la circonstance. Certaines indiscrétions révèlent même qu’une prime d’excellence sera attribuée dans les prochains mois au marché qui va se distinguer dans la lutte contre l’insalubrité. En outre, une autre prime sera destinée au rayon de vente de produits qui va briller par sa propreté et sa faculté à inciter les autres rayons à garder les étals, les  comptoirs et les magasins propres.

3 – Le chemin de croix des commerçants

La douleur est profonde chez les commerçants du marché Mokolo mais les responsables de la Cuy affirment que ceux-ci finiront bien par s’y habituer. Depuis le 20 octobre dernier, date à laquelle le délégué du gouvernement a rendu publique la décision selon laquelle tous les mercredis est jour de propreté générale audit marché, l’ambiance bouillonnante et la cohue qu’on a jadis connues sur les trottoirs et dans les boutiques de ce marché donnent désormais lieu à une atmosphère plutôt tranquille. Un calme qui cache mal le courroux des commerçants et des vendeurs à la sauvette qui estiment que l’opération initiée par le délégué du gouvernement vise essentiellement à déstabiliser leur activités quotidienne. Pour ces derniers, «Tsimi Evouna aurait du choisir un autre jour que le mercredi pour faire la propreté dans le marché. Le dimanche par exemple nous aurait arrangés », pensent-elles. A en croire les commerçants, le mercredi était jusque-là le seul jour de la semaine où les recettes étaient bonnes du fait de l’affluence des clients dans les boutiques. Avec cette décision du délégué qui s’abat comme un couperet, ceux-ci imaginent déjà les pertes qu’elle va entraîner dans leurs différentes activités.

C’est sans doute pour éviter ce flop que quelques commerçants ont développé une stratégie pour vendre sans se faire prendre par les agents de la Cuy. Après avoir passé le reste de la semaine dans des comptoirs, ils se transforment en vendeurs ambulants le mercredi.

C’est le cas des marchands de vêtements qui se servent de sacs étanches communément appelés « sacs bandjock », dans lesquels ils gardent leurs produits à l’abri des regards. Pour aguicher les clients, l’approche est des plus originales. Sifflements, formules de flatteries, appels discrets… « Pstt ! Pstt ! La macho, on est toujours là. Partenaire il y a des destroy ici pour toi hein. Papa, la mocassin-ci est faite pour toi. Viens voir là. C’est parfaitement ta pointure. Ma copine, ne passe pas sans jeter un coup d’œil ici », lancent sans cesse les vendeurs à la sauvette. Plusieurs clients manifestement pas au courant de la nouvelle mesure en vigueur depuis deux semaines ont eux aussi du mal à accueillir la nouvelle. Car « généralement ce n’est que le mercredi que je fais mes emplettes. Ce n’est que ce jour-là que je dispose du temps. Puisque le marché doit désormais fermer, j’ignore comment nous allons vivre », déplore une ménagère.

D’autres clients par contre se réjouissent de la bonne nouvelle car désormais « comme les clients sont rares, les commerçants sont obligés de vous faire de bons prix pour avoir de quoi se mettre sous la dent le soir ». Effective, cette opération l’est sans doute jusqu’ici. Mais pour combien de temps encore ? Là est toute la question.

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8 Réactions

  1. guy tk dit :

    Je suis plutot impressioné par le travail qu abat notre délégué du gouvernement. Il est temps que nos populations comprennent la necessité de vivre dans un environnement propre. Le developpement de notre pays passe aussi par la salubrité.Encouragions plutot cet homme qui a pris sur lui le courage d initier cette campagne a aller de l avant.

  2. Le patriote dit :

    Tsimi evouna est un pauvre malheureu qui a des graves problemes…

    il mene une lute qui le depassera forcement. il fuit en avant sans le savoir….

    les gens contre qui il lutent ont une resistance qu’il n’imagine meme pas. il perdra cette bataille…

    Mr tsimi evouna, ressaisi toi pauvre vieux fou!

  3. Le patriote dit :

    il n’y que dans l’esprit de tsimi evouna et de quelque illuminé, que decider de maniere unilaterale de netoyer un marché le mercredi a quelque chose de positif… luis qui pretend voyager dans des capitales plus propre que yaounde, peut-il nous dire dans quel pays il a vu les marchez fermé un mercredi pour cause de netoyage?

    il essaye par tous les moyens de detruire certains commercants…mais il echouera….lamentablement!

  4. Derval KM dit :

    Le patriote, Le netoyage est necessaire et doit etre rotatif et je salues l’esprit éclairer de Tsimi evouna qui a pris sur lui cette initiative en homme courageux, comme cela d’ici peu chaque marché aura son jour de netoyage(fermé) a Yaoundé, les autres villes du pays doivent suivrent cet exemple pour un pays propre et salubre.
    Courage monsieur le delegué.

  5. PAPE dit :

    Si on avait quelqu un comme lui ici au SENEGAL on l applaudirait mille fois je me pose la question pour savoir comment des concitoyens de evouna peuvent ils réagir de cette manière

  6. ellong dit :

    Le nettoyage des marchés : Pourquoi tant de polémiques?

    Une fois n’est pas coutme, car il est rare d’avoir de bonnes nouvelles en provenance du Cameroun. Je ne suis pas un supporter de tsimi evouna le premier magistrat de la ville de Yaoundé. Car je trouve qu’il manque parfois de pédagogie dans son approche de la gestion de la ville de Yaoundé. Toutefois , les commerçant devraient se féliciter de cette initiative de salubrité publique. Bon sang comment les gens peuvent -ils se mouvoir dans des tas d’immondices? Comment peut-on vendre des denrées alimentaires dans un tel environnement malsain? Je ne comprends même pas comment quelqu’un qui pratique les règles d’hygiène de base peut s’offusquer d’une telle mesure. Il est hilarant d’entendre des personnes contester une telle décision , c’est tout simplement absurde et idiot.Je me demande comment ces gens vivent chez eux sur le plan sanitaire , car contester une décision qui me paraît indispensable est tout simplement grotesque.

  7. branco dit :

    Le 1er magistrat de la ville de Douala devrait s’inspirer des idées de son collègue de Douala. Ce dernier passe son temps à batir des pistes qu’il appelle route. Il manque de projections et de perspectives. Aujourd’hui aussitot inauguré aussitot embouteillé, tel est la devise que je fais des pistes baties par le délégué de Dla. au regard du boum démographique, où est donc paddé la notion de projection dans la gestion de notre cité? Ah, j’ignorai que personne n’est capable de vous dire combien d’habitant resident à dla, meme pas le 1er magistrat de cette ville, Curieux destiin

  8. Leopold dit :

    Je ne suis pas d’avis que M. Tsimi Evouna soit aussi éclairé que certains laissent croire. Son initiative « marchés propres » est à saluer. Désormais il fera beau circuler dans les marchés de la capitale. On peut cependant se poser la question de savoir si le premier magistrat de la ville capitale a évalué les pertes qu’il fait courir à l’économie de notre pays. Fermer le plus grand marché de Yaoundé en semaine ! C’est une invention digne de quelqu’un qui n’a aucune notion de l’économie. Certaines réactions ici font croire que les commerçants s’opposent à l’idée de propreté, ce qui est absolument faux : «Tsimi Evouna aurait du choisir un autre jour que le mercredi pour faire la propreté dans le marché. Le dimanche par exemple nous aurait arrangés »; voilà ce que pensent les commerçants de Mokolo. Tout le monde sait que le dimanche les camerounais sont généralement occupés par d’autres activités telles que le culte divin, les tontines, les visites entre familles et amis, etc. Il convient donc d’envisager le nettoyage ce jour-là.

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