« La conférence nationale est sans objet »:Paul Biya a-t-il désavoué Hayatou au parlement?

Par lemessager | Vendredi 20 novembre 2009 | Le Messager

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Tout a commencé dès la première déclaration publique de Sadou Hayatou comme Premier ministre, chef du gouvernement. Répondant à la presse qui lui demandait sous quel signe il comptait placer son action, Sadou Hayatou affirma que sa politique se déploierait en un tryptique : dialogue, concertation et réconciliation nationale. Par rapport à la tartarinade de Biya qui, sur le perron de l’Elysée martelait que la conférence nationale était sans objet, il y avait là comme un interstice et de quoi plier un doigt.

Peu après dans un entretien accordé à la presse nationale et internationale, Hayatou annonce que des consultations sont en cours pour la formation imminente d’un gouvernement qui s’ouvrira aux personnalités de la société civile. La montagne accouchera pourtant d’une souris car le gouvernement qui sort ce soir-là ressemble à s’y méprendre à une copie certifiée conforme de l’ancien, l’entrée de l’avocat Doualla Moutomé, membre de délégations du RDPC chargées d’expliquer les lois du 19 décembre 1990, cette entrée est donc la seule et difficilement crédible ouverture à la société civile. Si la main de Biya est manifeste derrière ce gouvernement, on a de la peine à y soupçonner ne serait-ce que l’ombre d’Hayatou.

Par ailleurs, les commentaires de Radio Cameroun consécutifs à cette première conférence  de presse d’Hayatou soulignent abondamment combien il serait incongru qu’un Premier ministre chargé d’appliquer la politique définie par le président de la République puisse s’écarter de la ligne prescrite par ce président. Biya a dit que la conférence  nationale était sans objet. Des fois que « son dialogue, sa concertation et sa réconciliation nationale » cacheraient quelques velléités de distanciation d’Hayatou par rapport à Biya, le Premier ministre est ainsi appelé à se le tenir pour dit : pas de conférence nationale, point final.

N’ayant donc pas pu ouvrir son gouvernement à la société civile, Hayatou entreprend de recevoir « toutes les forces vives de la Nation ». Est-ce pour jeter de la poudre aux yeux ? Est-ce parce que Hayatou est sincèrement acquis à la nécessité d’un dialogue social dans ce pays ? Toujours est-il que la plupart des personnalités reçues par Hayatou prônent l’indispensable conférence nationale. Certains suggèrent même l’organisation d’un référendum pour savoir si le peuple est pour ou contre la conférence nationale. Il n’est pas jusqu’à l’indicible Kame Samuel qui, alors qu’on s’attendait à ce qu’il approuve et encourage la logique de guerre décidée par le gouvernement,  déclare en substance au sortir de l’audience avec  Hayatou que les méthodes qu’il avait appliquées au début des années 60 correspondaient à cette époque-là et qu’aujourd’hui, on peut imaginer d’autres approches.

La synthèse des auditions organisées par Hayatou est donc attendue avec grand intérêt. Zacharie Ngniman croit même devoir se fendre d’un commentaire anticipatif sur la CRTV peu avant la fête du 20 mai 1991. Il prépare l’opinion à cette synthèse car une certaine impatience prévaut face au silence de Biya et à l’attentisme d’Hayatou. Le 20 mai est une échéance importante et, à défaut d’un message de Biya, le bilan des auditions du Premier ministre constituerait toujours par ces temps de vaches maigres, un os à croquer. Zacharie Ngniman estime que d’un moment à l’autre, on devrait savoir quelle synthèse est sortie des entretiens du Premier ministre.

Commentant le  défilé du 20 mai, Charles Ndongo s’entend encore interpeller par Ngniman sur ce sujet. Ndongo promet même de susciter au besoin la réaction du Premier ministre, au cas où ce dernier ne livrait pas bientôt les conclusions de ses auditions.

Certes, Hayatou commettra le faux pas d’enlever tout intérêt à cette synthèse en déclarant maladroitement à Jean Karim Fall de RFI que la conférence nationale est sans objet, donnant de ce fait l’impression que ses entretiens n’avaient servi qu’à le conforter dans la voix du refus du dialogue national, bien que la plupart de ses visiteurs aient été clairs sur la nécessité d’une conférence nationale.

Aussi, se remettant sur l’ouvrage, Hayatou saisit l’occasion de la présentation à l’Assemblée nationale, le 21 juin dernier, du budget de l’Etat pour l’exercice 1991/1992, pour risquer quelques pistes de recherche d’une solution à la crise multidimensionnelle que connaît notre pays. Hayatou dit en effet ceci : « J’ai eu à constater qu’au-delà des sensibilités des uns et des autres, trois points essentiels ont fait l’objet d’un consensus :

-         la nécessité d’un vaste dialogue permettant aux Camerounais de s’exprimer sur les problèmes majeurs d’intérêt national ;

-         le refus unanime de toute remise en cause  des institutions qui ne pourraient qu’être préjudiciable, à la continuité de l’Etat et au redressement économique et financier du pays ;

-         la nécessité d’organiser des élections législatives régulières et honnêtes, expression directe de la souveraineté du peuple pour harmoniser la représentation nationale avec le multipartisme qui prévaut dans le pays.

Voilà mesdames et messieurs des députés, la substance du dialogue et de la concertation que pendant trois semaines, j’ai engagés avec les différentes forces vives du pays »

Traduisons : Hayatou dit en clair oui à une conférence nationale thématique, (voir entre autres Bi Boum Woum pour le brevet d’intervention) ; non à une conférence nationale souveraine ; oui à une conférence nationale sans remise en cause du pouvoir en place. Mais, ceci n’est que peccadille, car Hayatou commet une faute, pour l’aile dure du régime, en ajoutant ce petit bout de phrase : « En tout état de cause, la nécessité de la recherche d’une nouvelle légitimité et d’un nouveau consensus social s’impose aujourd’hui pour mener à bien le redressement économique et financier du pays. Et dans toute démocratie digne de ce nom, les élections restent le meilleur moyen pour atteindre un tel but. » La faute est consommée au travers de la première phrase. Car le pouvoir sait bien que malgré sa prétendue légalité, il n’a plus aucune légitimité. Le crime d’Hayatou, c’est d’en dresser le constat. D’où cette sortie incongrue de Paul Biya le 27 juin pour aller à l’Assemblée nationale dire que c’est lui le chef, qu’Hayatou a eu tort de parler de « nouvelle légitimité et d’un nouveau consensus. » Il s’est agi littéralement d’un discours catastrophe pour la patrie, inutile et provocateur et pour tout dire, Biya est allé à l’Assemblée à la fois pour réfuter l’analyse d’Hayatou et pour lancer une  déclaration de guerre malhabile.

Que va faire Hayatou ? Avalera-t-il misérablement la couleuvre ? a-t-il les mains libres et propres pour oser rendre son tablier ? S’il choisit  de s’accrocher à son macaron, cela signifiera simplement que, comme l’écrivait Henri  de Montherlant, « c’est de honte en honte qu’on atteint le pouvoir. »

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